Le respect dans le couple


«Nous avons tous ou presque nos petits moments peu glorieux vis-à-vis de notre partenaire. Parfois, cela va plus loin, et le manque de respect claque comme un coup de fouet. De la banale distraction au mépris humiliant, ces marques laissent toujours des traces. Pourquoi les subit-on ? Comment leur faire barrage ?
La petite pique qui blesse, le gros éclat de voix qui secoue ou le silence méprisant qui glace… La vie de couple est aussi faite de ces échanges, plus ou moins violents, plus ou moins fréquents. La fatigue, le stress, la vie commune, tout simplement, offrent mille et une occasions de laisser s’exprimer notre agressivité. Les dérapages verbaux, qui peuvent aller jusqu’à l’insulte ou la menace, nous rappellent si besoin était que le sentiment amoureux est intrinsèquement ambivalent.
Dans l’amour, et pas seulement sur un champ de bataille, on marque son territoire, on intimide, on donne ou on rend les coups, on s’affirme pour défendre sa liberté, et parfois pour prendre le pouvoir. La plupart des couples trouvent, au fil du temps, l’alchimie qui leur va, l’équilibre qui permet à la relation de durer sans les abîmer. 

Certains puisent même dans le rapport de force une stimulation, voire une excitation, qui donne à l’intimité le coup de fouet qui l’empêche de ronronner. D’autres, en revanche, subissent, dans la douleur et souvent dans le silence, l’irrespect chronique de leur conjoint.
Éric, 44 ans, évoque une ex-compagne qui se débrouillait toujours pour souligner leur différence de salaire. « C’était tellement subtil, bien enrobé, que je ne pouvais pas le prendre mal, en tout cas, je ne savais pas comment riposter sans paraître geignard, j’étais humilié et réduit au silence. » 

Ponctuelles ou régulières, ces marques d’irrespect ne sont jamais, aux yeux des thérapeutes de couple, anodines et inoffensives. Et elles peuvent prendre de multiples formes.»
Trouver la force de poser les limites
«Alors comment faire face ? « Au premier dérapage, il est bénéfique de marquer le coup de manière forte, avance Jean-Michel Hirt. Cette confrontation a valeur de test. Il s’agit de poser ses limites et d’inviter l’autre à en tenir compte. S’il est dans le déni ou dans la recherche de domination, chacun en tirera ses conclusions en toute connaissance de cause. » 

S’affirmer pour dire stop exige que l’on soit conscient de l’affront et que l’on puisse trouver en soi la capacité de refuser. Une double condition qui semble évidente à ceux et celles qui ont été respectés enfants et qui ont suffisamment de sécurité intérieure pour braver la peur du conflit.»

Couple : Bien avant la première gifle
«A quel moment l’emprise amoureuse devient-elle dangereuse ? Quand faut-il s’inquiéter de la violence dans un couple ? Les campagnes de prévention le disent toutes : à partir de la première gifle. Le docteur Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, explique quant à elle dans son dernier livre que c’est bien avant la première gifle, dans les mots, que la violence prend racine…

« La difficulté à repérer les violences psychologiques vient de ce que la limite en est imprécise, explique-t-elle. Un même acte peut prendre des significations différentes suivant le contexte. S’il est possible d’évaluer les aspects physiques de la violence, il est en revanche beaucoup plus difficile de mesurer ce que ressent une victime de violence psychologique. »
Il s’agit moins de se demander « Est-ce que c’est normal ? » que « Est-ce que cela me convient ? » Dans un couple, la vraie difficulté, c’est de trouver une souplesse, un espace de liberté dans lequel les désirs de chacun peuvent s’épanouir. Etre amoureux, c’est être dans une emprise réciproque, dans un échange, y compris lors d’une scène de ménage ! La violence, c’est l’absence de réciprocité ; quand l’un donne tout et ne reçoit rien ; quand la force est toujours dans le même camp. Là commence le piège. Bien avant la gifle. Marie-France Hirigoyen a bien voulu nous guider à travers ces violences invisibles.»